Jean S. Jerome
UN ROMAN D’AMOUR INSPIRÉ DE FAITS RÉELS

Le Manifeste de Naej et Einad

Un premier amour.
Une seconde chance.

Près de trois décennies de séparation. Un message. Un avenir à choisir ensemble.

Édition numérique · Prix par édition linguistique

Le Manifeste de Naej et Einad — Édition française
Prologue et 24 chapitresUn récit complet
Édition françaiseÀ lire en français
Extrait gratuitPrologue et chapitre 1
L’HISTOIRE

Certaines histoires attendent une réponse.

À Port-au-Prince, en 1998, Naej et Einad découvrent un amour qu’ils ne savent pas encore protéger. Le silence les sépare. Des années plus tard, un message rouvre une porte qu’ils croyaient fermée à jamais.

D’Haïti au Canada, puis à Miami, leurs retrouvailles soulèvent une question plus profonde : peuvent-ils construire une vie à deux sans renoncer à ce qu’ils sont devenus ?

Premier amour et retrouvaillesCourage et indépendanceUn avenir à deux
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CHAPITRE 1 · PORT-AU-PRINCE, 1998

Le cahier bleu

Einad dessinait la fenêtre avant de dessiner la maison. Cette habitude agaçait Naej : une fenêtre exigeait un mur, un mur exigeait un plan, et elle avait apparemment décidé de faire dépendre toute la construction de l’endroit où elle souhaitait voir tomber le soleil. — Il faudra déplacer ça, dit-il.…

Jean S. Jerome
L’AUTEUR

Une histoire personnelle devenue roman.

Jean S. Jerome est infirmier, technicien en pharmacie, auteur et entrepreneur numérique d’origine haïtienne. Dans ce roman, il s’inspire de son vécu pour explorer l’amour, l’indépendance et le courage de recommencer.

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Ce roman d’amour s’inspire de faits réels. Naej et Einad sont des pseudonymes ; les scènes et les dialogues sont romancés.

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Le Manifeste de Naej et Einad — Édition française
Extrait gratuit · Édition française
Une question sans protection Miami, octobre 2026 L’enveloppe était dans la poche intérieure de sa veste. Naej avait vérifié deux fois, même s’il savait que le papier n’avait nulle part où aller. La première fois, il n’en avait touché que le coin. La seconde, il l’avait sorti à moitié, avait reconnu le pli qui le traversait, puis l’avait repoussé avant qu’on le remarque. Il savait agir dans une chambre d’hôpital où plusieurs personnes attendaient quelque chose de lui. Il savait se présenter, écouter, poser les questions nécessaires. Il savait remettre un peu d’ordre dans les cinq minutes à venir quand la peur les avait rendues insupportables à quelqu’un. Pourtant, il se tenait depuis presque trois minutes au bord d’un mur de jardin, incapable de décider s’il allait donner une lettre à une femme. Cette femme allait devenir son épouse. Cela aurait dû simplifier les choses. Derrière lui, une chaise racla la pierre. Au-delà des haies taillées, quelqu’un rit, puis baissa la voix. Naej retira ses lunettes et essuya un verre qui n’était pas sale. Lorsqu’il les remit, Einad se trouvait à l’autre bout de l’allée. Elle le regardait avec l’expression qu’il lui connaissait depuis l’école : patiente pour un instant encore, peut-être deux, mais pas indéfiniment. — Tu viens ? demanda-t-elle. — Je te cherchais. — Sans bouger ? Il sourit. Son inquiétude ne disparut pas ; elle fit une place au sourire.
Elle s’avança vers lui. De près, elle n’était pas un souvenir rendu à sa jeunesse. Son visage portait une vie dont il n’avait pas été témoin, une vie qu’il ne pouvait revendiquer sous prétexte qu’il l’avait connue avant. Il aimait ce visage. Il aimait aussi qu’elle ne le laisse pas faire comme si les années manquantes lui appartenaient. — Qu’est-ce qu’il y a ? Il sortit l’enveloppe. Son regard descendit vers sa main. — Une lettre ? — Oui. — Maintenant ? — Je me suis dit que si je te la donnais après, tu pourrais croire que j’avais attendu que tu ne puisses plus changer d’avis. Elle ne rit pas. Elle prit l’enveloppe sans l’ouvrir. — Naej, j’aurai encore un avis après. — Je le sais. — Bien. Il avait pensé que la remarque le gênerait. Au contraire, elle l’apaisa. Voilà la femme qu’il allait épouser : non pas une récompense au bout de son courage, mais une personne dont la liberté resterait entière auprès de la sienne. — Ce n’est pas une demande, dit-il. C’est une réponse que j’aurais dû te donner. Elle regarda l’enveloppe sans inscription. Pendant un instant, le jardin sembla devenir plus silencieux. — À quelle question ? Il ne pouvait l’expliquer sans revenir à une salle de classe de Port-au-Prince, à un cahier bleu et à une jeune fille qui lui avait un jour demandé ce qu’il voulait. Alors il commença par là.
CHAPITRE 1 Le cahier bleu Port-au-Prince, 1998 Einad dessinait la fenêtre avant de dessiner la maison. Cette habitude agaçait Naej : une fenêtre exigeait un mur, un mur exigeait un plan, et elle avait apparemment décidé de faire dépendre toute la construction de l’endroit où elle souhaitait voir tomber le soleil. — Il faudra déplacer ça, dit-il. Elle couvrit la page de sa main. — Tu n’as pas vu le reste. — Il n’y a pas de reste. — Justement. Tu critiques une maison qui n’est pas terminée. — Elle a une fenêtre qui flotte. — Elle a un commencement. Ils étaient assis au bout d’une table en bois, le cahier bleu entre eux. Les autres élèves quittaient la salle. Le dernier cours était terminé, mais aucun des deux ne s’était levé. Naej avait rangé ses livres, en avait ressorti un pour vérifier une page, puis l’avait rangé de nouveau. Einad l’avait remarqué. Elle n’avait aucune intention de lui faciliter la tâche. Elle retira sa main. Sous la fenêtre, elle dessina un large rebord, puis une table avec une chaise de chaque côté. — À quoi sert la pièce ? demanda-t-il. — À travailler. — À quoi ? — Je ne sais pas encore.
— Tu as construit un bureau pour un métier que tu n’as pas choisi. — J’ai choisi quelque chose. Elle tapota la petite table. — Je veux un endroit où faire un travail qui m’appartienne. Il réfléchit. Dans la cour, un objet tomba avec fracas, suivi d’un éclat de rire. Le bruit lui convenait ; il lui donnait le temps de penser avant de parler. — Le travail appartient toujours à celui qui le fait. — Vraiment ? — S’il le fait lui-même. Elle se tourna vers lui. — Alors pourquoi tant de gens expliquent-ils ce qu’ils veulent en racontant ce que les autres attendent d’eux ? Il baissa les yeux vers son sac. Un fil de la sangle s’était pris dans la boucle. Il tira dessus. — Naej. — Quoi ? — Je t’ai posé une question. — Je l’ai entendue. — Et la boucle a une réponse ? Il rit. C’était souvent ainsi qu’elle le tirait de ses hésitations. Le problème n’était pas qu’il n’avait rien à dire. Bien souvent, trop de choses lui venaient en même temps. Lorsqu’il avait enfin réussi à les arranger en une phrase qu’il pouvait supporter de lui laisser entendre, elle avait déjà posé une autre question. — Je crois que les gens ont peur de se tromper, dit-il. — À propos de quoi ? — De ce qu’ils veulent.
Elle immobilisa son crayon. Puis, avec une douceur qui le rendait plus nerveux que ses plaisanteries, elle demanda : — Et toi ? Il aurait dû répondre à propos d’un métier. Plusieurs possibilités respectables s’offraient à lui ; n’importe laquelle les aurait ramenés sans danger aux examens. Mais il regarda sa main posée sur le cahier. Le crayon avait laissé une légère trace grise sur le côté de son doigt. Il voulait rester assis là. C’était un désir si modeste qu’il aurait dû être facile de l’avouer. Pourtant, le dire aurait révélé qu’il savait le cours terminé, qu’aucune raison pratique ne justifiait sa présence et que toute son agitation autour du sac n’avait servi qu’à espérer qu’elle resterait. — Tu n’as pas répondu, dit-elle. — Non. — C’est un constat, pas une réponse. Il releva les yeux. — Parfois. Elle l’accepta. C’était une des choses qu’il aimait chez elle. Elle pouvait s’impatienter devant une esquive sans exiger une démonstration de courage. Une petite réponse sincère valait mieux, à ses yeux, qu’une grande réponse empruntée. Elle ajouta une autre chaise à la table. — Pour qui est-elle ? — Pour quelqu’un qui me dira quand la fenêtre est impossible. Il se pencha sur le dessin. — Je n’ai pas dit impossible. — Tu l’as laissé entendre. — J’ai dit qu’elle flottait. — Alors aide-moi à lui donner un mur.
Elle poussa le cahier vers lui. Il prit le crayon et traça une ligne. Sa manche toucha la sienne. Aucun des deux ne s’écarta. Pendant quelques secondes, il se concentra avec un sérieux extraordinaire sur l’épaisseur d’un mur dans une maison qui n’existait pas. Lorsqu’il eut fini, elle examina le résultat. — Tu as rétréci la pièce. — Je l’ai fait tenir debout. — Les deux comptent peut-être. Quelqu’un appela Einad depuis la porte. Elle répondit qu’elle arrivait, et les gestes ordinaires du départ commencèrent. Le crayon retrouva le cahier. Le cahier retrouva le sac. Elle se leva et passa la sangle sur son épaule. Naej resta assis assez longtemps pour qu’elle le remarque. — Tu peux marcher avec moi, dit-elle. — Je sais. — Je voulais en être sûre. Ils sortirent ensemble. Au bord de la cour, il dut s’écarter pour laisser passer deux élèves plus jeunes. Quand il revint à ses côtés, cette petite interruption lui avait coûté la phrase qu’il avait presque prononcée. Einad attendit qu’ils aient franchi le portail. — Tu sais, toi aussi tu peux me poser des questions. — Je le fais. — Tu demandes si j’ai fini un exercice. Tu demandes si j’ai une règle. — Tu en as une ? Elle s’arrêta et le regarda. Il réussit à garder son sérieux une seconde, peut-être. Puis elle rit et il rit avec elle, soulagé d’avoir osé sa plaisanterie. — D’accord, dit-elle. Celle-là était bonne.
Le compliment lui fit plus plaisir qu’il ne voulait le montrer. Sur une partie du chemin, ils parlèrent de l’explication invraisemblable qu’un camarade avait donnée pour un devoir inachevé. Einad l’imita mal et le reconnut. Naej rectifia l’ordre des événements, ce qui rendit l’histoire plus drôle. Leur complicité fonctionnait sans effort tant qu’aucun ne cherchait à nommer ce qui la faisait fonctionner. À l’endroit où leurs chemins se séparaient, elle ajusta la sangle de son sac. — À demain. — Oui. Elle fit deux pas, puis se retourna. — La fenêtre reste. Il la regarda s’éloigner avant de répondre. — Je sais. Ce soir-là, il ouvrit son propre cahier à une page blanche. Il avait des devoirs. À la place, il dessina un rectangle, le partagea d’une ligne verticale et ombra le bord inférieur pour suggérer un rebord. Le dessin n’était pas réussi. Les proportions étaient fausses et un côté penchait vers l’intérieur. Il aurait pu le corriger. Il le laissa ainsi. En dessous, il écrivit une question qu’il ne lui avait pas posée. Qu’est-ce qui se passe si je veux rester ? Puis il arracha la page. Il ne la jeta pas. Il la plia deux fois et la glissa dans le livre qu’il emporterait à l’école le lendemain.